La Fourmilière
 

En Ardenne, vous pourrez voir ce drôle de tas de brindilles qui grouille de partout, voilà quelques explications.
 

La fourmi rousse est caractéristique par son aptitude à construire d'énormes dômes d'aiguilles de conifères et de brindilles.

  Dôme de fourmilière en coupe

Le dôme est surtout une protection contre le froid et les intempéries. Le nid est essentiellement souterrain.

Initialement liée aux conifères, elle se rencontre également en feuillus en bordure des parcelles d'épicéas. Les dômes sont généralement construits au départ d'une souche ou d'un petit arbre souvent disparu ensuite par pourriture. Ces dômes ne sont pas des nids mais des protections contre les intempéries. Le nid proprement dit est constitué de multiples galeries et cavités situées dans le sol et à la base du dôme. L'épaisse couche d'aiguilles atténue fortement les variations de température dans le nid. Elle fonctionne également comme un toit de chaume et évite ainsi une trop grande humidité dans le nid.

Une société peut se composer de plus de 10.000 ouvrières stériles accompagnées d'une ou plusieurs femelles fertiles (reines). Un nid ne comportant qu'une seule reine a généralement des ouvrières plus grandes que celui qui en comporte plusieurs. Dans ce cas, la division du dôme en deux parties donne naissance à deux sociétés séparées comportant chacune sa reine. Celles-ci, généralement plus grandes que les ouvrières, sont seules à pondre des oeufs qui sont de deux sortes — les plus courants sont fécondés et donnent naissance à des ouvrières ou à des reines.

Pour la fécondation, la reine dispose d'une réserve de spermatozoïdes qui lui ont été fournis par un mâle au court de l'accouplement unique qu'elle a connu lors de son vol nuptial — les oeufs non fécondés ne sont produits qu'au printemps et donnent naissance aux mâles.

 


Fourmi rousse ( Formica rufa L.)
Insecte social très abondant en forêts de conifères. À gauche : ouvrière (9 mm); à droite : femelle ailée (11 mm) qui dès la fécondation perdra ses ailes et fondera une nouvelle société.

Les oeufs sont très petits et fournissent des larves sans pattes ressemblant aux larves de mouches (asticots). Après une phase de croissance, la larve s'entoure d'un cocon blanc et commence sa métamorphose (nymphose) qui va en faire un insecte parfait.

Les mâles et les reines portent deux paires d'ailes qui vont leur servir à exécuter le vol nuptial, tandis que les ouvrières ne portent pas d'ailes; tout comme les reines, ce sont des femelles mais leurs organes reproducteurs sont atrophiés. C'est la nourriture pendant la vie larvaire qui détermine l'évolution en reine ou en ouvrière : la richesse en protéines semble déterminante.

Les mâles et les reines ne sont produits que de mars à mai. Une fois capables de voler, les sexués quittent massivement la colonie; cet envol se produit souvent simultanément dans de nombreuses sociétés, ce qui permet un brassage génétique important.

L'accouplement unique a lieu en vol; après quoi, mâle et femelle tombent au sol. Le mâle meurt. La femelle perd ses ailes, désormais inutiles et cherche à créer une nouvelle société.

Les premiers oeufs pondus constituent, en partie, la nourriture de la reine, incapable d'en rechercher. Les autres fournissent des ouvrières de petite taille. Elles restent attachées à leur mère qui secrète une substance attirante. Elles rassemblent également de la nourriture et commencent à édifier un nid. Mieux nourrie, la reine peut alors pondre des oeufs qui fourniront des ouvrières de plus grande taille.

Chez Formica rufa, il arrive souvent que la reine ne forme pas une nouvelle société mais pénètre dans une société existante. Si elle n'est pas expulsée ou tuée par une reine en place, elle s'installe et débute sa ponte.

Les sociétés se scindent souvent d'elles-mêmes mais les ouvrières de nids différents gardent entre elles des rapports pacifiques, de même d'ailleurs qu'entre sociétés non apparentées.

La reine peut également pénétrer dans une société d'une espèce voisine (Formica fusca L.), tuer l'unique reine et prendre sa place. Elle est adoptée par les ouvrières qui élèvent son couvain. La société se peuple ainsi progressivement en ouvrières rufa qui finiront par remplacer complètement les ouvrières d'origine. Les sociétés de F. rufa sont reliées entre elles par des sentiers dégagés parcourus en permanence par des armées d'ouvrières à la recherche de nourriture. Ces sentiers, marqués olfactivement, partent également dans toutes les directions et peuvent conduire les fourmis jusqu'au sommet des arbres.

Comme la plupart des fourmis, F. rufa est omnivore mais elle recherche surtout des aliments d'origine animale. Elle consomme divers insectes et même des cadavres d'oiseaux ou de mammifères. À l'instar d'autres fourmis, elles apprécient les «excréments» sucrés des pucerons. Elles peuvent également consommer les pucerons eux-mêmes en cas de disette.

Pour se défendre ou pour tuer leur proie, elles expulsent un jet de venin (acide formique) ou creusent avec leurs mandibules un trou dans la peau de la proie et y injectent leur venin.

La fourmi rousse a peu d'ennemis en dehors des pics. Le pic vert est spécialisé dans la chasse aux fourmis qu'il capture généralement sur la fourmilière. Comme les fourmiliers, il possède une langue érectile et gluante à laquelle les fourmis viennent se coller.

Cliquez pour agrandir