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LA MARCHE, C'EST NATUREL!

La marche permet de retrouver les traces humaines effacées par les voitures.
Là où la route asphaltée appelle à la compétition, les randonneurs préfèrent les chemins de terre et de traverse, vecteurs de solidarité. Randonner, c’est davantage se mettre au pas de l’autre qu’imposer sa cadence. Car marcher au gré de son envie, c’est d’abord se redécouvrir soi-même.

Aujourd'hui, de plus en plus de personnes pratiquent la marche comme activité sportive, elle est l'exercice le plus naturel qui soit. C'est le meilleur antidote contre les maux reliés à l'inactivité car elle entretient la souplesse sans imposer d'effort violent; les membres inférieurs subissent des chocs de 2 à 4 fois le poids du corps lors de la course alors que pour la marche, le coefficient est d'environ 1,5.

La marche nous renvoie à la mère des migrations. Avant d’allier le geste à la parole, l’homme, disait l’anthropologue Leroi-Gourhan, « commence par les pieds ». La marche nous rappelle la bipédie et ce qu’elle nous a offert : nos civilisations... Elle est associée au plaisir. Toute randonnée se voit écourtée si le promeneur ne ressent pas de plaisir, même dans la souffrance. L’effort du randonneur est souvent plus une bénédiction qu’une douleur, même si, pour certains, le promeneur se transforme en martyr volontaire !

La quête d’un plaisir inaccessible et d’une harmonie improbable est essentielle. Elle motive le marcheur pèlerin. Simple et complexe à la fois, la marche atteste la vie qui démarre tant bien que mal, une aventure humaine qui débute vers l’âge d’un an. Le bébé marcheur trébuche encore un peu. Car la marche est aussi une démarche, un prétexte à la séduction. Des premiers pas chez soi aux expéditions dans l’Himalaya, il y a un grand pas que les seuils de la vie permettent de franchir.

Forme de résistance solitaire non dénuée de nostalgie, la marche est toujours un pas fait en direction de l’autre. Une rencontre qui exige de l’effort sur soi. C’est une thérapie, à la fois psychologique et physique. Le marcheur gagnerait à être remboursé par la Sécurité sociale, l’Etat devrait y songer, il ferait peut-être des économies... Des rêveries de Rousseau aux semelles de Rimbaud, ce sont ensuite Stevenson, Thoreau, Lacarrière, Bouvier, Lanzmann et tant d’autres qui nous incitent, en les lisant, à enfiler nos chaussures. Pour notre plaisir comme pour notre santé. Défi à la vitesse et au bruit, la marche incite à la modestie, pousse à la curiosité, encourage au silence, suscite la méditation. Elle invite au repli, à l’intimité, à se taire pour mieux écouter.