Le Lapin de garenne

Oryctolagus cuniculus

Les lapins et les lièvres présentent un certain nombre de similitudes avec les rongeurs mais sont classés dans un groupe séparé, ils font partie de l'ordre des lagomorphes. Ils ont une seconde paire d'incisives juste derrière les grandes incisives recourbées supérieures. Ils se caractérisent également par leur lèvre supérieure fendue et n'utilisent jamais leurs pattes antérieures pour saisir leur nourriture.

Description

Plus petit que le Lièvre brun, oreilles plus courtes, noires au bord supérieur. Pelage gris-brun ou moins foncé allant jusqu’au noir (dessus) dessous blanchâtre, marque rousse sur la nuque. Queue brun foncé dessus, blanche dessous. Les mâles muent en septembre-octobre. Les femelles ont la tête plus longue et plus fine que celle des mâles qui ont les joues plus larges (détails souvent peu visibles).

Mensurations

De la tête à la queue, les adultes mesurent de 34 à 50 cm. La queue mesure environ 40 mm. Les lapins pèsent entre 1.200 et 2.500 g. Ils possèdent 28 dents.


Indices de présence

Crottes brun foncé, très visibles (diamètre 10 mm) ressemblant beaucoup à celles du Lièvre brun, souvent groupées et alors très nombreuses (déposées par les membres d’une colonie). Elles servent au marquage du territoire par le mâle dominant qui laisse sur elles la sécrétion de ses glandes anales. Grattis (terre grattée et mise à nu) surtout aux limites du territoire (creusés par le mâle dominant, mesurent environ 3-10 cm de profondeur et 15 cm de long il y dépose souvent une ou plusieurs crottes, à côté plutôt que dedans). Aux alentours des terriers d’un groupe familial (dont l’ensemble est appelé garenne), la végétation herbacée est souvent très rare ou a même disparue, rongée en permanence. Les terriers sont creusés dans un talus, en terrain sec leur entrée mesure de 10 à 50cm de diamètre selon qu’ils sont vieux ou non, et plus ou moins fréquentés. Coulées visibles dans la végétation, elles relient la garenne aux gagnages (des crottes sont dispersées le long de ces passages). Empreintes (dans la neige) comme celles du Lièvre brun mais plus petites et disposées pareillement (postérieures c. 4 x 2,5 cm). Dans le nord-est de l’Écosse, le Lapin se comporte comme le Lièvre et s’abrite plutôt dans un gîte que dans un terrier.

Habitats

A besoin de sols bien drainés, profonds souvent en terrain sablonneux. Landes à ajoncs, ronciers (la forêt et sur les lisières), haies, dunes côtières. Jusqu’à I 000 m d’altitude environ. Quand la densité est faible, les terriers peuvent être isolés, sinon ils sont groupés et reliés par un système de galeries. Les femelles creusent des terriers peu profonds (rabouillères) pour mettre bas, ils mesurent 1-2 m de long et prennent fin par un nid d’herbes sèches et de poils, elles les referment chaque fois qu’elles en sortent.

Le domaine vital est en moyenne compris entre 0,4 et 4 ha. Il s’éloigne jusqu’à 150-400 m du terrier pour se nourrir (plus loin encore si la densité est faible ou le milieu pauvre). Une famille fréquente une surface de 9 à 10 ha. Densité faible 0,6 individu/ha. Densité forte 100 individus/ha. L’évaluation de l’importance des populations est difficile en raison des mœurs du Lapin. Quand la densité est élevée, on observe une résorption importante des embryons (aux 14e ou 15e jours) chez les femelles gestantes, la perte atteignant 20 % des embryons. Dispersion jusqu’à 800 m si la densité est faible, à moins de 200 m si elle est forte.

Régime alimentaire

Il est varié et variable selon la flore locale. En hiver, écorces et tiges d’arbrisseaux et sous-arbrisseaux, graminées et bulbes.
Au printemps, pousses de plantes herbacées (surtout graminées). Consomme aussi des plantes cultivées céréales, choux et fait des dégâts dans les plantations forestières. Quand sa densité est forte, empêche certains végétaux de se reproduire normalement et les fait disparaître. Consommation quotidienne d'un adulte 200 à 500 g de nourriture verte.

Reproduction

Les mâles sont polygames. La copulation a lieu toute l’année, mais la plupart des mises-bas ont lieu de février à août. Les femelles gestantes sont particulièrement nombreuses d’avril à juin. La vulve des femelles en oestrus est rouge violacé et gonflée, rose pile et rétrécie en période d’anœstrus (automne). Ovulation provoquée oestrus post-partum possible. Les femelles nées au début de l’année peuvent se reproduire la même année, et ont plus de chances de résister à l’hiver ainsi que les mâles du même âge. Le succès de la reproduction est meilleur chez les femelles dominantes que chez les dominées. Les effectifs augmentent de mars-avril à septembre-octobre. La maturité sexuelle des femelles commence à 3,5 mois et à 4 mois chez les mâles. La gestation dure de 28 à 33 jours. Les femelles ont de 1 à 7 portées par an (généralement 3 à 5) chacune de 5 petits en moyenne (3 à 12). L'intervalle minimum entre 2 portées est de 30 jours. La femelle possède 6 tétines. Les jeunes sont appelés lapereaux. Ils sont nus à la naissance et ont les yeux fermés. Ils pèsent de 35 à 45 g. Ils ouvrent les yeux vers 10-12 jours. Le sevrage et l'émancipation ont lieu à 4 semaines (la mère allaite une fois par jour pendant 5 minutes). La croissance des lapereaux est très rapide : ils font 80% du poids des adultes à 3 mois. Les dépenses énergétiques dues à la lactation peuvent retarder le sevrage des jeunes et l’œstrus suivant. Les mâles défendent les jeunes, quel que soit leur lien de parenté avec eux et cela contre les femelles qui peuvent attaquer et même tuer les jeunes étrangers (seul cas connu de soin paternel chez les Leporidae).

Longévité

Elles est de 9 ans au maximum. la mortalité annuelle moyenne est de 30 %.

Sociabilité

Vit en couple si la densité est faible, sinon forme des groupes familiaux comprenant 1 à 5 mâles et 1 à 6 femelles avec un mâle et une femelle dominants. Les groupes familiaux comptent jusqu’à 20 adultes. Les mâles dominants effectuent presque tous les accouplements et les femelles dominantes occupent les meilleurs emplacements pour creuser leurs rabouillères. Tous les membres du groupe défendent la partie centrale de la zone d’activité principale, mais plusieurs groupes peuvent se partager un gagnage. Les sujets dominés des 2 sexes vivent au bord du domaine familial

Communication : le Lapin est silencieux, sauf cris aigus de détresse. Il tape du pied s’il est effrayé (c’est peut-être un signal pour les congénères présents au voisinage). Les odeurs jouent un rôle très important et permettent d’identifier le sexe, l’appartenance au groupe, l’âge et le statut social, l’activité sexuelle. Les glandes de Harder, inguinales, anales et mentonnières ont des dimensions et une activité différentes selon le sexe. Territoire marqué avec l’urine, les crottes et la sécrétion des glandes mentonnières. La femelle marque l’entrée de la rabouillère avec de l’urine. Le mâle asperge la femelle avec de l’urine avant la copulation. Le marquage odorant est particulièrement intensif en période de reproduction. Odorat très fin. Ouïe et vue bonnes.

Comportement

Crépusculaire et nocturne mais également diurne là où il n’est pas dérangé par l’homme. Le champ visuel est de 360°. Ils se déplacent par petits bonds, mais coure rapidement s’il est poursuivi et cherche refuge dans un terrier. Présent en Belgique dans toutes les régions. Ses prédateurs Renard, Fouine, Belette, Putois, Hermine, chiens errants, Hibou grand-duc, rapaces diurnes. Autres causes de mortalité : trafic routier, chasse (gibier très recherché). Les maladies : coccidiose et surtout myxomatose. Le virus de la myxomatose a été introduit en Belgique en 1952 et, à l’époque, a fait disparaître au moins 90 % des Lapins de garenne (99 % localement). Depuis, la maladie est endémique, certains Lapins ont acquis une résistance naturelle qui explique le maintien de l’espèce. Le Lapin myxomateux devient aveugle car sa tête se couvre de boursouflures purulentes. Le virus de la myxomatose est transmis par des puces, moustiques et par contact direct des sujets au terrier. L’animal meurt au bout de 12 à 28 jours environ selon la souche virale qui l’a atteint. La myxomatose est la plus virulente en été et au début de l’automne. Le taux de mortalité en nature est de 50 à 70 % des sujets affectés. Pour remplacer le Lapin de garenne raréfié par cette maladie, on a introduit en Italie, Espagne et France des lapins américains (surtout Sylvilagus floridanus) résistants au virus (depuis 1953 et surtout 1975). Le Lapin de Floride (S. floridanus) a un pelage gris-brun, la nuque roussâtre et les pattes blanchâtres, la queue est blanche dessous. Il mesure de 30 à 40 cm. Il pèse de 900 à 1800g. Il ne creuse pas de terriers. La femelle a de 3 à 4 portées annuelles de 4 ou 5 (1 à 9) petits.

Le Lapin de garenne est la souche des lapins domestiques.

Quelques photos

     

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