LES ARBRES

 

LA PRIÈRE DE L'ARBRE

Homme; Écoute-moi…
Par les froides nuits de novembre, je suis la chaleur de ton foyer.
C’est en me consumant moi-même que je peux te réchauffer.
Je suis l’ombrage rafraîchissant sous le soleil torride de l’été.
Je suis la charpente de ta maison et le toit de tes abris.
Je suis la planche de ta table et la chaise sur laquelle tu peux te reposer.
Je suis la voûte de tes églises et de tes cathédrales.
Je suis le lit dans lequel tu dors lorsque ta journée de labeur est terminée.
Je suis la matière vivante qui crée l’harmonie de ton violon et les sons harmonieux de ta flûte.
Je suis le bois avec lequel tu construis tes navires.
Je suis le manche de ta faucille, le patin de ton traîneau et la porte de ton enclos.
Je suis le coffret de tes biens, le rouleau qui façonne la pâte et la cuillère qui remue ton potage.
Je suis le berceau de ton enfant et je serai ton cercueil quand tu quitteras ce monde.
Homme, je suis ton ami. Pourquoi, alors, es-tu si cruel envers moi?
Pourquoi me détruis-tu?
Tu devrais me protéger puisque ta propre vie est intimement liée à la mienne…

    Les feuillus

L'Érable champêtre L'Érable Plane L'Érable sycomore
Le Chêne pédonculé Le Bouleau commun Le Châtaignier   
Le Charme commun Le Hêtre Le Sorbier des oiseleurs
Le Marronnier commun Le Frêne Le Peuplier noir
Le Saule Pleureur Le Saule marsault Le Tilleul
L'Aulne glutineux Le Robinier faux-acacia Le Noyer commun

  Les conifères

L'Epicéa Le Sapin de Douglas Le Mélèze
Le Pin sylvestre Le Pin noir Le Genévrier
L'If commun    

Aux arbres
Victor HUGO (1802-1885) (Les contemplations)

Arbres de la forêt, vous connaissez mon âme!
Au gré des envieux, la foule loue et blâme ;
Vous me connaissez, vous! Vous m'avez vu souvent,
Seul dans vos profondeurs, regardant et rêvant.
Vous le savez, la pierre où court un scarabée,
Une humble goutte d'eau de fleur en fleur tombée,
Un nuage, un oiseau, m'occupent tout un jour.
La contemplation m'emplit le coeur d'amour.
Vous m'avez vu cent fois, dans la vallée obscure,
Avec ces mots que dit l'esprit à la nature,
Questionner tout bas vos rameaux palpitants,
Et du même regard poursuivre en même temps,
Pensif, le front baissé, l'oeil dans l'herbe profonde,
L'étude d'un atome et l'étude du monde.
Attentif à vos bruits qui parlent tous un peu,
Arbres, vous m'avez vu fuir l'homme et chercher Dieu!
Feuilles qui tressaillez à la pointe des branches,
Nids dont le vent au loin sème les plumes blanches,
Clairières, vallons verts, déserts sombres et doux,
Vous savez que je suis calme et pur comme vous.
Comme au ciel vos parfums, mon culte à Dieu s'élance,
Et je suis plein d'oubli comme vous de silence!
La haine sur mon nom répand en vain son fiel ;
Toujours, - je vous atteste, ô bois aimés du ciel!
J'ai chassé loin de moi toute pensée amère,
Et mon coeur est encore tel que le fit ma mère!
Arbres de ces grands bois qui frissonner toujours,
Je vous aime, et vous, lierre au seuil des autres sourds,
Ravins où l'on entend filtrer les sources vives,
Buissons que les oiseaux pillent, joyeux convives!
Quand je suis parmi vous, arbres de ces grands bois,
Dans tout ce qui m'entoure et me cache à la fois,
Dans votre solitude où je rentre en moi-même,
Je sens quelqu'un de grand qui m'écoute et qui m'aime!
Aussi, taillis sacrés où Dieu même apparaît,
Arbres religieux, chênes, mousses, forêt,
Forêt! C’est dans votre ombre et dans votre mystère,
C'est sous votre branchage auguste et solitaire,
Que je veux abriter mon sépulcre ignoré,
Et que je veux dormir quand je m'endormirai.